Conseil bourse : méfiez-vous de la presse spécialisée !
Conseil bourse : Il existe de nombreux magazines financiers (Challenges, Capital..) et journaux patrimoniaux (le Journal des Finances, Investir, le Revenu…) qui dispensent régulièrement leurs conseils boursiers.
Ces sources d’informations financières sont à priori intéressantes mais il ne faut pas prendre les analyses et les recommandations boursières qui y sont dispensées au pied de la lettre. Ces analystes sont avant tout des journalistes qui diffusent des synthèses rapides avec des avis d’achat ou de vente sur les sociétés cotées. Même les forums boursiers reconnaissent la piètre qualité des conseils boursiers diffusés dans la presse ! La plus grosse erreur à commettre pour un investisseur débutant en bourse serait de suivre aveuglément ces nombreux avis sans se poser de questions. Dans ces journaux on a l’impression que l’approche est trop superficielle voire désinvolte (« on peut mettre l’action en portefeuille », « acheter à titre spéculatif »). C’est votre argent que vous investissez, il est important de ne pas le perdre et de maîtriser les risques. Si vous dites à l’investisseur en bourse, achetez des actions Coca Cola, conservez les en portefeuille 20 ans, réinvestissez vos dividendes et regardez le cours de l’action une fois par an, les petits actionnaires ne vont pas acheter beaucoup de journaux de ce type. Pourquoi ces conseils boursiers sont-ils peu fiables ? 1) L’approche est moutonnière et court termiste Prenons au hasard l’exemple du magasine Challenges avec l’évolution des conseils sur le cac40 entre le 25/09/2007 et le 22/01/2008 :
| Date |
Cotation du CAC40 |
Nombre d'avis négatifs |
Nombre d'avis positifs |
Nombre d'avis neutres |
| 25/09/2007 |
5641 |
5 |
23 |
12 |
| 22/01/2008 |
4842 |
30 |
1 |
9 |
(L’avis positif signifie que l’investisseur peut acheter le titre, l’avis négatif qu’il vaut mieux éviter le titre ou le vendre, l’avis neutre signifie que le titre est à conserver en portefeuille.)
En 4 mois, les avis sur les actions ont rapidement évolué d’un sentiment globalement positif (23 avis positifs sur 40) à un sentiment très négatif sur les titres (30 avis négatifs sur 40 sociétés, pour l'anecdote, le seul avis positif est attribué à Lafarge). L’indice CAC 40 a perdu 14% de sa valeur, les actions seraient donc devenues moins chères et tout d’un coup moins désirables ? Ce n’est pas très cohérent même après la crise des subprimes (dont les analystes sérieux avaient conscience depuis le mois de juillet 2007 !)
C’est le coup classique des journaux boursiers : les marchés financiers baissent, les conseils financiers sur les titres cotés deviennent négatifs alors que l’activité et les caractéristiques des sociétés ne se sont pas forcément dégradées, bref on jette le bébé et l’eau du bain !
Lorsque les marchés sont au plus haut, les avis sont exagérément positifs : c’est la vie en rose !
Si ces experts étaient si avisés, ils auraient été négatifs le 25/09 sur les actions qui allaient subir une baisse 4 mois plus tard, il n’en est rien !
De très bons titres sont souvent conseillés à l’achat (par exemple Société Générale ou Pernod Ricard) même lorsqu'ils sont trop chers, beaucoup d'arguments très créatifs sont trouvés pour justifier des valorisations élevés. Nous pourrions citer des dizaines d'exemples similaires.
2) Conseils sur de mauvais secteurs
Là encore Buffet nous éclaire : “You should invest in a business that even a fool could run, because someday a fool will." Vous devriez investir dans une société qui pourrait être dirigée sans dommages par une personne stupide parce qu’un jour ce sera le cas.
Un bon investissement en bourse c'est celui qui est assez solide pour supporter les erreurs de gestion ou de management et demeurer performant.
Certains secteurs d'activités ou certaines entreprises perdent continuellement de l'argent soit parce qu'ils sont en perte de vitesse ou que le secteur est trop concurrentiel. Les fabricants de minitel ou de diligences n'ont pas un grand avenir.
Etude de résultats nets (2002-2006) de quelques sociétés peu performantes :
| Société |
Exercices bénéficiaires |
Exercices déficitaires |
Solde sur 5 ans (bénéfices+déficits cumulés) |
Evolution du cours |
| Faurecia |
2 |
3 |
négatif |
+11,4% |
| Chargeurs |
2 |
3 |
négatif |
-44,25% |
| Gemalto |
3 |
2 |
négatif |
+19,57% |
| Alcatel |
3 |
2 |
négatif |
-46,84% |
| Derichebourg |
1 |
4 |
négatif |
+51,35% |
| Thomson |
3 |
2 |
négatif |
-64,81% |
| Cap Gemini |
2 |
3 |
négatif |
+32% |
| CAC 40 |
4 |
1 |
positif |
+69,02% |
Sur 5 ans, toutes ces sociétés ont détruit de la valeur pour l'actionnaire, la somme de leurs pertes est supérieure à la somme de leurs bénéfices. De plus, leur capacité bénéficiaire est très aléatoire avec des pertes réalisées une année sur deux en moyenne !Le tableau ci-dessus nous montre que l'évolution des bénéfices est fortement liée à la performance boursière, n'investissez donc pas dans des sociétés structurellement déficitaires...Si vous examinez attentivement les conseils boursiers, vous allez retrouver parfois ce type de titres à l'achat alors qu’ils sont à fuir ! 3) Utilisation d’indicateurs financiers peu pertinents A l'exception du revenu, aucun journal ou magasine ne parle de retour sur fonds propres ROE (return on equity) mais tous insistent sur le BNPA (bénéfice par action) moins fiable pour juger de l'efficacité du management, de même peu d'éléments sont fournis sur l'évolution de la trésorerie générée par l'exploitation (cash from operation), qui sont indispensables pour juger de la rentabilité opérationnelle d’une société et de la pertinence d'un investissement en bourse. Conclusion bourse investir Il y a parfois des conseils en placements boursiers pertinents qui sont dispensés sur ces sites mais globalement on a plus l’impression d’avoir affaire à des journalistes qui veulent vendre du papier qu’à des investisseurs sérieux à long terme. La plus grande prudence s’impose donc !
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